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Ils n'osaient plus se regarder, ils étaient désorientés et ivres de bonheur. Tels deux papillons de nuit qui se heurtent maladroitement, avec la même légèreté, leurs lèvres entrèrent en contact.

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Lyra avança d'un pas vers les oiseaux, et Pantalaimon dit :

- Lyra. Serafina Pekkala est venue nous parler hier soir. Elle nous a raconté beaucoup de choses. Elle est repartie pour guider les gitans jusqu'ici. Farder Coram arrive, avec Lord Faa. Bientôt, ils seront tous ici...

- Pan, mon pauvre Pan, tu sembles bien triste. Que se passe-t-il ? Qu'y a-t-il ?

Il se métamorphosa et se précipita vers elle dans le sable, sous la forme d'une hermine immaculée. Le deuxième daemon changea d'apparence, lui aussi – Will sentit la transformation, comme une petite main se refermant sur son cœur –, pour devenir un chat.

Avant d'approcher de Will, il dit :

- La sorcière m'a donné un nom. Autrefois, je n'en avais pas besoin. Elle m'a baptisé Kirjava. Mais écoutez-nous, vous devez nous écouter...

- Oui, écoutez-nous bien, renchérit Pantalaimon. C'est difficile à expliquer.

A eux deux, les daemons réussirent à répéter tout ce que leur avait dit Serafina, en commençant par la révélation sur la nature des deux enfants : comment, sans le vouloir, ils étaient devenus semblables aux sorcières qui pouvaient se séparer de leurs daemons tout en continuant à former avec lui un être unique.

- Mais il y a autre chose, ajouta Kirjava.

Et Pantalaimon dit :

- Oh, Lyra, pardonne-nous, mais nous sommes obligés de te révéler ce que nous avons découvert...

La fillette était abasourdie. Depuis quand Pan réclamait-il le pardon ? Elle se tourna vers Will : il semblait aussi perplexe qu'elle.

- Parlez, dit-il. N'ayez pas peur.

- Il s'agit de la Poussière, dit le daemon-chat, et Will fut surpris d'entendre une partie de lui-même lui apprendre une chose qu'il ignorait. Toute la Poussière disparaissait dans le gouffre que vous avez vu. Heureusement, quelque chose l'a empêchée de continuer à s'y jeter, mais...

- Will, c'était cette lumière dorée ! s'exclama Lyra. Cette lumière qui se déversait dans l'abîme et disparaissait... C'était donc la Poussière ? Vraiment ?

- Oui. Mais elle continue de s'échapper, reprit Pantalaimon. Et il ne faut pas. Il est vital qu'elle cesse de fuir. Elle doit rester dans le monde au lieu de se volatiliser, ou sinon tout le bien disparaîtra et mourra.

- Mais par où s'échappe-t-elle ? demanda Lyra.

Les deux daemons regardèrent Will, puis le couteau.

- Chaque fois que nous avons découpé une ouverture, expliqua Kirjava (et encore une fois, Will éprouva ce petit pincement au cœur : il était moi, et je suis lui), chaque fois que quelqu'un a ouvert une fenêtre entre les mondes, que ce soit nous, les hommes de la guilde, ou n'importe qui, le couteau a fait une entaille dans le vide. Le même vide que celui de l'abîme. Mais on ne le savait pas. Personne ne le savait, car l'ouverture était trop fine pour qu'on l'aperçoive. Mais elle était assez large malgré tout pour laisser passer la Poussière. Si la fenêtre était refermée immédiatement, la Poussière n'avait pas le temps de fuir, mais des milliers de fenêtres n'ont jamais été refermées. Et pendant tout ce temps, la Poussière n'a pas cessé de s'échapper des mondes pour se déverser dans néant.

La signification profonde de ces paroles commençait à se faire jour dans l'esprit de Will et de Lyra. Ils la repoussaient, ils la combattaient, mais elle était semblable à cette lumière grise qui s'infiltre dans le ciel et éteint les étoiles : elle contournait tous les obstacles qu'ils dressaient devant elle, elle se glissait sous les volets et autour des rideaux qu'ils essayaient de tirer.

- Toutes les ouvertures, murmura Will.

- Chaque fenêtre... il faut toutes les refermer ? demanda Lyra.

- Toutes sans exception, dit Pantalaimon, en chuchotant comme Lyra.

- Oh, non, gémit la fillette. Non, ce n'est pas vrai...

- Nous devons donc quitter notre monde pour aller vivre dans celui de Lyra, ajouta Kirjava. Ou Pan et Lyra doivent quitter le leur pour venir vivre dans le nôtre. Il n'y a pas d'autre solution.

La sinistre lumière du jour fit irruption.

Lyra ne put retenir un cri d'effroi. Le cri de chouette poussé par Pantalaimon la veille avait effrayé toutes les créatures qui l'avaient entendu, mais ce n'était rien comparé au hurlement passionné qui sortit de sa bouche. Les daemons semblaient abasourdis, et Will comprit soudain la raison de cette réaction : ils ne connaissaient pas toute la vérité. Ils ne savaient pas ce que Will et Lyra avaient appris de leur côté.

La fillette tremblait de colère et de chagrin, elle faisait les cent pas dans le sable, les poings serrés, en tournant de tous les côtés son visage ruisselant de larmes, comme si elle cherchait une réponse. Will la saisit par les épaules ; il la sentit tendue et tremblante.

- Ecoute-moi, dit-il. Lyra, écoute-moi. Qu'a dit mon père exactement ?

- Oh, Will... (Elle agitait sa tête dans tous les sens.) Tu sais bien ce qu'il a dit. Tu étais là, Will, tu l'as entendu !

Il crut qu'elle allait mourir foudroyée par le chagrin. Elle se jeta dans ses bras et éclata en sanglots, s'accrochant passionnément à lui, enfonçant ses ongles dans son dos et son visage dans son cou, et il l'entendait répéter :

- Non... non... non...

- Ecoute-moi, dit-il. Essayons de nous souvenir de ses paroles exactes. Il y a peut-être un passage quelque part. Il existe peut-être une faille.

Il se libéra en douceur de l'étreinte de Lyra et l'obligea à s'asseoir. Pantalaimon, terrorisé, bondit sur ses genoux, pendant que le daemon-chat se rapprochait timidement de Will. Ils ne s'étaient pas encore touchés, mais le garçon tendit la main vers son daemon qui frotta sa tête de chat contre ses doigts et monta délicatement sur ses genoux.

- Ton père a dit..., commença Lyra, entre deux sanglots... il a dit que les gens ne pouvaient vivre quelque temps dans un autre monde sans être affectés. C'est possible. Nous l'avons fait, non ? Et excepté ce qu'on a été obligés de faire pour pénétrer dans le monde des morts, on n'a pas souffert, hein ?

- Les gens peuvent rester quelques temps dans un autre monde, mais pas longtemps, dit Will. Mon père a quitté son monde, mon monde, pendant dix ans. Et, quand je l'ai retrouvé, il était presque mourant. Dix ans, c'est tout.

- Et Lord Boreal ? Sir Charles ? Il était bien portant, non ?

- Oui, mais souviens-toi qu'il pouvait retourner dans son monde quand il voulait pour retrouver sa santé. C'est d'ailleurs là que tu l'as vu pour la première fois, dans ton monde. Sans doute avait-il découvert une ouverture secrète, connue de lui seul.

- On peut faire pareil !

- Oui, à part que...

- Toutes les fenêtres doivent êtres refermées, dit Pantalaimon. Toutes.

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Cette fois, avec un craquement sinistre, le poignard subtil se brisa et la lame tomba en mille morceaux, qui scintillèrent sur les pierres encore mouillées par la pluie battante de l'autre univers.

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"[...] D'où vient cet amour ? Je l'ignore ; il s'est emparé de moi comme un voleur dans l'obscurité et, aujourd'hui, mon cœur est si plein d'amour qu'il menace d'exploser. Je pouvais seulement espérer que mes crimes soient si monstrueux et que mon amour n'apparaisse pas plus gros qu'une graine de moutarde dans leur ombre. Et j'aurais aimé avoir commis de plus grands crimes encore pour mieux cacher mon amour... Mais la graine de moutarde avait pris racine, elle se développait, et la petite pousse verte écartelait mon cœur"

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Première phrase : Dans une vallée à l'ombre des rhododendrons, non loin de la limite des neiges éternelles, là où coulait un petit torrent nacré par l'eau de fonte, où des colombes et des linottes volaient au milieu des sapins gigantesques, se trouvait une grotte, en partie dissimulée par le rocher escarpé qui la surplombait et le feuillage dense qui s'étendait en dessous.

Dernière phrase : - La République des Cieux, répondit Lyra.

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"Will et Lyra suivirent le ruisseau à l'intérieur du bois, marchant avec prudence, parlant à peine, jusqu'à ce qu'ils débouchent au centre du bosquet.

Il y avait là une petite clairière tapissé d'herbe douce et de pierres recouvertes de mousse. Les branches entrelacées au-dessus de leurs têtes masquaient presque totalement le ciel, ne laissant filtrer que des paillettes de soleil dansantes, si bien que le décor était constellé d'or et d'argent.

Tout était calme. Seuls le murmure du ruisseau et parfois le bruissement des feuilles, tout là-haut dans les arbres, venaient troubler le silence.

Will posa le baluchon contenant les provisions et Lyra son petit sac à dos. Aucun signe des daemons-ombres, nulle part. Ils étaient totalement seuls.

Ils ôtèrent leurs chaussures, leurs chaussettes et s'assirent sur les pierres couvertes de mousse au bord du ruisseau. Ils plongèrent leurs pieds nus dans l'eau froide et le contraste de température les revigora.

- J'ai faim, déclara Will.

- Moi aussi, dit Lyra, même si sa faim était atténuée par un autre sentiment, quelque chose de diffus et de pressant à la fois, source de joie et de douleur, qu'elle ne parvenait pas à identifier.

Ils ouvrirent le balluchon et grignotèrent un peu de pain et de fromage. Curieusement, leurs gestes étaient lents et maladroits, et ils firent à peine attention à ce qu'ils mangèrent, bien que le pain soit frais et croustillant et le fromage plein de saveurs.

Lyra prit ensuite un des petits fruits rouges. Le coeur battant, elle se tourna vers son ami et dit :

-Will...

Elle approcha lentement le fruit de la bouche du garçon.

A son regard, elle vit qu'il avait compris immédiatement son intention, et qu'il était trop heureux pour parler. Les doigts de Lyra s'étaient posés sur ses lèvres ; il les sentait trembler. Il leva la main à son tour pour prendre ses doigts. Ils n'osaient plus se regarder, ils étaient désorientés et ivres de bonheur.

Tels deux papillons de nuit qui se heurtent maladroitement, avec la même légèreté, leurs lèvres entrèrent en contact. Et avant même qu'ils comprennent ce qui leur arrivait, ils s'enlacèrent et leurs visages se pressèrent l'un contre l'autre, aveuglément.

- Mary avait raison, murmura Will. Quand quelqu'un te plaît, tu le sens immédiatement... Quand tu dormais dans la montagne, avant qu'elle t'emmène, j'ai dit à Pan...

- J'ai entendu, dit Lyra à voix basse. J'étais réveillée et j'avais envie de te dire la même chose, et maintenant, je sais ce que je ressens depuis le début : je t'aime, Will, je t'aime...

Ce mot enflamma les sens de Will et fit vibrer tout son corps. Il lui répondit en utilisant le même mot, puis il embrassa son visage brûlant, encore et encore, s'abreuvant avec adoration de l'odeur de son corps, de ses cheveux chauds qui sentaient le miel et de sa bouche humide qui avait le goût sucré de ce petit fruit rouge.

Autour d'eux, tout n'était que silence, comme si le monde lui-même retenait son souffle."

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Quand Lyra eut terminé son récit, elle regarda Will, épuisée. Elle eut alors un choc.

Outre les fantômes silencieux, autour d'elle, et ses compagnons vivants qui se tenaient à ses côtés, elle avait captivé un autre auditoire : les branches de l'arbre mort menaçaient de se briser sous le poids des sinistres oiseaux sombres ; leurs visages de femmes l'observaient de là-haut, solennels et fascinés.

Envahie d'une peur soudaine, Lyra se releva, mais les créatures ne bougèrent pas.

- Vous ! leur lança-t-elle, désespérée. Vous m'avez attaquée tout à l'heure, quand j'essayais de vous raconter une histoire. Qu'est-ce qui vous retient maintenant ? Allez-y, lacérez-moi avec vos griffes, transformez-moi en fantôme !

- Loin de nous cette intention, répondit la harpie du milieu, Sans Nom en personne. Ecoute-moi. Il y a des milliers d'années, quand les premiers fantômes sont arrivés ici, l'Autorité nous a donné le pouvoir de voir ce qu'il y a de plus mauvais en chacun et, depuis, nous nous nourrissons de ces ignominies, à tel point que notre sang est empoisonné et que nos cœurs sont malades. Mais nous n'avions que ça pour nous nourrir. Nous n'avions rien d'autre. Et voilà que nous apprenons que vous avez l'intention d'ouvrir une porte sur le monde d'en haut pour laisser partir tous les fantômes...

Sa voix rauque fut noyée sous un million de murmures, car tous les fantômes qui étaient assez près pour l'entendre poussèrent des petits cris de joie et d'espoir. Les harpies, quant à elles, poussèrent des hurlements et battirent des ailes jusqu'à ce qu'ils se taisent.

- Parfaitement ! s'écria Sans Nom. Pour les laisser partir ! Qu'allons-nous faire, nous autres ? Je vais vous dire ce que nous allons faire : dorénavant, nous ne nous retiendrons plus. Nous martyriserons, nous profanerons, nous lacérerons tous les fantômes qui arrivent, et nous les rendrons fous de peur, de remords et de haine. Cet endroit est un désert, nous en ferons un enfer !

A ces mots, toutes les harpies poussèrent des cris stridents et des rires moqueurs ; un grand nombre d'entre elles s'envola de l'arbre pour fondre sur les fantômes, qui se dispersèrent, terrorisés. Lyra s'accrocha au bras de Will.

- Elles ont compris notre plan, et on ne pourra pas le réaliser ! Les fantômes vont nous haïr ; ils penseront qu'on les a trahis ! Au lieu d'arranger les choses, nous les avons aggravées !

- Calme-toi, ordonna Tialys. Ne te désespère pas. Rappelle-les et oblige-les à nous écouter.

Will s'exclama :

- Revenez ! Revenez toutes ! Revenez et écoutez !

Une par une, les harpies firent demi-tour et revinrent vers l'arbre, le visage déformé par la fièvre, la faim et l'amour du malheur. Le chevalier confia sa libellule à Salmakia, et son petit corps nerveux, vêtu de vert, bondit sur un rocher d'où tout le monde pouvait l'apercevoir.

- Harpies ! lança-t-il. Nous pouvons vous offrir mieux que ça. Répondez sincèrement à mes questions, écoutez ce que j'ai à dire et vous jugerez ensuite. Quand Lyra s'est adressée à vous, de l'autre côté du mur, vous l'avez attaquée. Pour quelle raison ?

- Mensonges ! s'écrièrent en chœur les harpies. Mensonges et fantasmes !

- Pourtant, vous l'avez toutes écoutée à l'instant, sans rien dire et sans bouger. Pour quelle raison ?

- Elle disait la vérité, répondit Sans Nom. Et ses paroles étaient nourrissantes. Parce qu'elles nous alimentaient. Et on ne pouvait s'empêcher de l'écouter. Parce que c'était la vérité. Parce que nous ignorions qu'il existait autre chose que la vilenie. Parce qu'elle nous apportait des nouvelles du mondes, du soleil, du vent et de la pluie. Parce qu'elle disait la vérité.

- Dans ce cas, reprit Tialys, je vous propose un marché. Au lieu de voir uniquement la méchanceté, la cruauté et la cupidité des fantômes qui arrivent ici, vous aurez le droit désormais de demander à chacun d'eux de vous raconter l'histoire de sa vie, et il sera obligé de dire la vérité sur ce qu'il a vu, touché, entendu, aimé et connu de son vivant. Chacun de ces fantômes a une histoire et chacun de ceux qui arriveront ici à l'avenir aura des choses vraies à vous raconter sur le monde. Vous aurez le droit de les écouter, et ils seront obligés de vous les raconter.

Lyra était impressionnée par le cran du petit espion. Comment osait-il s'adresser à ces créatures comme s'il avait le pouvoir de leur accorder des droits ? N'importe laquelle aurait pu le gober tout cru en une fraction de seconde, le lacérer avec ses griffes, ou bien l'emporter très haut dans le ciel et le lancer vers le sol où il s'écraserait. Et pourtant, il leur faisait face, fier et intrépide ; il leur proposait un marché ! Et elles l'écoutaient, elles débattaient en se tournant les unes vers les autres en parlant à voix basse.

Tous les fantômes les regardaient, terrorisés et muets.

Finalement, Sans Nom se retourna.

- Ca ne suffit pas, déclara-t-elle. Nous exigeons davantage. Sous l'ancien régime, nous avions une tâche à accomplir. Nous avions un royaume et un devoir. Nous exécutions les ordres de l'Autorité avec diligence, et pour cela nous recevions des honneurs. Nous étions haïes et craintes, mais honorées également. Que vont devenir nos honneurs ? Pourquoi les fantômes s'intéresseraient-ils à nous s'ils sont libres de retourner dans le monde ? Nous avons notre fierté, et vous ne devez pas l'ignorer. Nous avons besoin d'un rôle honorable ! Nous avons besoin d'un devoir et d'une tâche à accomplir, qui nous vaudront le respect qui nous est dû !

Les harpies s'agitèrent sur les branches, murmurant et battant des ailes. Soudain, Lady Salmakia bondit sur le rocher pour rejoindre le chevalier, et elle s'exclama :

- Vous avez parfaitement raison ! Tout le monde devrait avoir une tache à accomplir, c'est important, une tâche digne d'éloges, et qu'on exécute avec fierté. Alors, voici votre devoir, et vous seules pourrez l'accomplir, car vous êtes les gardiennes de ce lieu. Il consistera à guider les fantômes depuis leur arrivée au bord du lac, à travers le pays des morts, jusqu'à la nouvelle ouverture sur le monde d'en haut. En échange, ils vous raconteront leur histoire pour vous dédommager en toute équité de votre aide. Est-ce que ça vous paraît correct ?

Sans Nom se tourna vers ses congénères, et celles-ci hochèrent la tête. Alors, elle répondit :

- Nous voulons avoir le droit de refuser de les guider s'ils mentent, ou s'ils nous cachent quelque chose, ou s'ils n'ont rien à nous dire. S'ils vivent dans le monde, ils sont obligés de voir, de toucher, d'entendre, d'aimer et d'apprendre des choses. Nous ferons une exception pour les jeunes enfants qui n'ont pas eu le temps d'apprendre quoi que ce soit mais, autrement, s'ils arrivent ici sans rien apporter, nous ne les conduirons pas vers la sortie.

- C'est équitable, déclara Salmakia, et les autres voyageurs approuvèrent.

C'est ainsi qu'ils conclurent un accord.

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En observant l'aléthiomètre, Will se souvint tout à coup d'une chose que lui avait révélée Lyra concernant le moyen de déchiffrer les données de cet instrument : il fallait qu'elle se trouve dans un certain état d'esprit pour que ça fonctionne. Cette remarque l'avait d'ailleurs aidé, par la suite, à saisir les subtilités du poignard.

Intrigué, il prit le poignard et découpa une petite fenêtre en face de l'endroit où il était assis. Par l'ouverture, il ne vit que du ciel bleu mais, en bas, tout en bas, on apercevait un vaste paysage d'arbres et de champs : c'était son propre monde, assurément.

Ainsi, les montagnes dans ce monde-ci ne correspondaient pas aux montagnes de son monde. Il referma soigneusement la fenêtre, en utilisant sa main gauche pour la première fois. Quel bonheur de pouvoir s'en servir à nouveau !

C'est alors qu'une idée lui vint, si brutalement que ce fut comme une décharge électrique.

S'il existait des myriades de mondes, pourquoi le poignard n'ouvrait-il des fenêtres qu'entre ce monde-ci et le sien ?

Il devait forcément permettre de passer dans n'importe quel monde.

Will brandit le poignard en laissant son esprit glisser jusqu'à la pointe de la lame, comme le lui avait enseigné Giacomo Paradisi, jusqu'à ce que sa conscience vienne se nicher au milieu des atomes eux-mêmes, et qu'il sente chaque aspérité, chaque ondulation de l'air.

Au lieu de couper dès qu'il sentit la première petite résistance, comme il le faisait habituellement, il laissa le poignard avancer jusqu'à l'aspérité suivante et encore la suivante.

C'était comme s'il suivait une couture en appuyant si délicatement qu'il n'arrachait aucun point.

- Que fais-tu ? demanda la voix qui flottait dans le vide, le ramenant à la réalité.

- J'explore, répondit Will. Ne dites rien et mettez-vous sur le côté. Si jamais vous approchez trop près du poignard, il va vous couper et, étant donné que je ne vous vois pas, je ne peux pas vous éviter.

Balthamos émit un petit grognement pour exprimer son mécontentement. Will tendit de nouveau le poignard devant lui pour sentir ces infimes hésitations, ces interruptions dans la trame de l'atmosphère. Elles étaient beaucoup plus nombreuses qu'il ne l'imaginait. Et maintenant qu'il se contentait de les effleurer, sans éprouver le besoin de les transpercer immédiatement, il découvrait que chacune possédait une texture différente : celle-ci était dure et nettement délimitée, celle-là était plus nébuleuse, une autre était glissante, une autre fragile et cassante.

Mais parmi toutes ces aspérités, certaines étaient plus faciles à sentir que d'autres et, tout en connaissant déjà la réponse, il tailla dans l'une d'elles pour avoir confirmation : il était tombé sur son monde, encore une fois.

Il referma la fenêtre et chercha avec la pointe du poignard une aspérité au toucher différent. Il en trouva une qui était à la fois élastique et résistante et il laissa la lame s'y enfoncer.

Gagné ! Le monde qu'il découvrit par cette ouverture n'était pas le sien : le sol était plus proche, et le paysage n'était pas composé de champs et de pâturages verdoyants, mais de dunes désertiques.

Il la referma et en ouvrit une autre : une épaisse fumée grise flottait au-dessus d'une ville industrielle et des ouvriers aux visages mornes entraient dans une usine à la queue leu leu, en traînant les pieds.

Will referma cette fenêtre. Il avait un peu la tête qui tournait. Pour la première fois, il prenait conscience du véritable pouvoir du poignard subtil, et il le déposa avec d'infinies précautions sur la pierre devant lui.

- Tu as l'intention de rester ici toute la journée ? demanda Balthamos.

- Je réfléchis. On peut passer aisément d'un monde à l'autre, mais seulement si le sol est au même niveau. Peut-être y a-t-il des endroits où c'est le cas, et c'est peut-être là que se font tous les passages... Et il faut savoir reconnaître son monde avec la pointe de la lame ou sinon, vous risquez de ne jamais pouvoir revenir. Vous êtes perdu à tout jamais.

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Leur agresseur était un énorme oiseau, de la taille d'un vautour, avec le visage et la poitrine d'une femme Will avait déjà vu des représentations de ces créatures et le mot harpie lui vient aussitôt à l'esprit.

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Elle avait l'intention de consulter l'aléthiomètre mais, à sa grande surprise, elle s'aperçut qu'elle était aussi fatiguée que si elle était restée éveillée durant cette longue période d'inconscience, alors elle s'allongea tout près de Will et ferma les yeux. << Juste un petit somme >>, se dit-elle pour se rassurer, avant de s'endormir.

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