Machos, les prix littéraires ?

Prix littéraires
Adélaïde de Clermont-Tonnerre (Grand Prix de l’Académie), Leïla Slimani (Prix Goncourt), Yasmina Reza (Prix Renaudot) et Nina Yargekov (Prix de Flore)

Fin de saison pour l’édition 2016 des prix littéraires. Huit d’entre eux ont déjà été remis, et il ne reste plus qu’à connaître le ou la lauréate du Prix Goncourt des lycéens, qui sera révélé le 17 novembre prochain.

Fait frappant cette année, les prix déjà attribués laissent apparaître une parité parfaite entre romanciers et romancières, un fait suffisamment rare pour mériter d’être souligné. En effet, les prix Goncourt et Renaudot ainsi que le Grand Prix du roman de l’Académie Française et le prix de Flore ont récompensé des femmes (respectivement Leïla Slimani, Yasmina Reza, Adélaïde de Clermont-Tonnerre et Nina Yargekov) tandis que le Femina, l’Interallié, le Médicis et le prix Décembre ont été attribués à des hommes (respectivement Marcus Malte, Serge Joncour, Ivan Jablonka et Alain Blottière). Précisons que dans l’histoire des prix littéraires, l’égalité hommes-femmes n’a été atteinte qu’à huit reprises (source Le Monde). Cela signifie que si le prochain Goncourt des Lycéens est attribué à une femme, on comptera cette année, pour la première dans l’histoire des prix littéraires, davantage de lauréates que de lauréats.

Des prix littéraires qui récompensent davantage les hommes

Alors, machos les grands prix littéraires français ? C’est la question qui s’invite désormais à chaque rentrée. Et si la qualité littéraire des ouvrages récompensés doit évidemment rester le critère de choix principal dans la désignation des lauréats, force est de constater que les jurys ont tendance à récompenser bien plus largement des hommes, et ce, de façon historique.

Certains sont néanmoins meilleurs élèves que d’autres. Le prix Femina, dont le jury est exclusivement composé de femmes, tient sans surprise la première place en terme de parité puisqu’il a récompensé 37% de femmes depuis sa création en 1904. Il est suivi de près par le Goncourt des Lycéens, dont la proportion de lauréates s’élève à 36%. Viennent ensuite le Flore et le Médicis (22% et 20%), le Renaudot (15.5%), le prix Décembre (13%), le Grand Prix du roman de l’Académie (12.5%), l’Interallié (11%) et enfin, le Goncourt, avec le piteux score de 10.5%.

Le Goncourt, roi des inégalités hommes-femmes ?

Bien que le prix Goncourt ait été attribué à Leïla Slimani cette année, ce choix ne saurait rééquilibrer la balance d’un palmarès qui n’a pour l’instant distingué que 12 femmes sur les 113 lauréats récompensés depuis 1903, date de création du prix. Le Femina n’a pas attendu ces chiffres pour corroborer la tendance du Goncourt à choisir des lauréats masculins. Instauré en 1904, le célèbre prix s’est même constitué comme une contre-proposition au Goncourt, déjà soupçonné à l’époque d’une certaine misogynie.

Malgré l’objectif neutre de l’Académie Goncourt, qui consiste à récompenser « le meilleur ouvrage d’imagination en prose paru dans l’année », son manque de parité lui est souvent reproché. Ainsi, le fait que la première femme récompensée, Elsa Triolet en 1944, l’ait été plus de 40 ans après la création du prix, ou l’idée que l’académie soit passée à côté d’artistes aussi fondamentaux que Colette, Irène Némirovsky, Nathalie Sarraute ou encore Françoise Sagan sont souvent pointés du doigt comme des manquements.

Le qualité littéraire du texte doit rester le seul critère valable

Si certains faits peuvent expliquer le faible nombre de femmes récompensées par les prix littéraires, ils ne sauraient cependant excuser complètement le manque d’égalité criant qui perdure entre hommes et femmes.

D’une part, précisons que les jurys, à l’exception de celui du Femina, comptent majoritairement des hommes, ce qui peut influer, sans certitude cependant, sur le choix du lauréat final. D’autre part, les listes des auteurs retenus chaque année pour les prix manquent parfois cruellement de candidates féminines, celles-ci représentant en moyenne entre un quart et un un tiers des candidats en lice pour chaque prix.

Inégalité involontaire ou structurelle ? Aujourd’hui encore, l’édition a la réputation d’être un milieu d’hommes car la littérature a été longtemps, depuis le Moyen-Âge et jusqu’au début du XXe siècle, l’apanage de ces derniers. La question du nombre ne saurait cependant effacer une inégalité persistante : les femmes ont moins de chances que les hommes de voir aboutir la publication de leurs ouvrages ; quant à l’enseignement de la littérature, il se cantonne majoritairement à l’étude des grands hommes, les femmes de lettres étant certes moins nombreuses, mais bien moins étudiées. Ceci dit, prenons soin d’exhumer poétesses et romancières pour les bonnes raisons avant de crier au féminisme. Car plus que le souci d’égalité numérique, c’est bien la qualité du texte qui doit rester le seul critère et le seul objet de la littérature.

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