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L'oeil de l'Ankou



Description ajoutée par Gkone 2018-04-06T07:40:15+02:00

Résumé

L’Ankou, personnage de la mythologie bretonne, matérialisé sous différentes formes, est le représentant de la mort. Tout au long de ces pages, celle-ci va s’égrener sous l’oeil de ce passeur d’âmes. Ce roman est avant tout un huis-clos entre une mère, tombant au fil du temps dans une folie profonde, et son fils.

Se prévalant être la détentrice par le Seigneur Dieu d’une mission divine elle fera de son enfant un tueur en série redoutable. Toute sa vie il se soumettra à sa volonté, jusqu’à ce terrible jour où il refusera l’innommable... C’est aussi l’histoire du déclin d’une famille bourgeoise de l’après-guerre à la fin du vingtième siècle, de Paris à Guern, un petit village de campagne dans le Morbihan.

Une femme tristement célèbre à son époque, tueuse en série et ayant réellement existé sera le déclencheur de toute cette descente aux enfers.

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Extrait

Extrait ajouté par Moriol 2018-05-06T22:47:18+02:00

Chapitre 4

La Géraldine

« La méchanceté d’un homme fait de lui un démon, la méchanceté d’une femme fait d’elle un enfer. »

Proverbe Danois.

Septembre 1957.

Durant la jeunesse de maman, un deuxième épisode troublant, un passage noir, alimenta les ragots durant des décennies.

En ce jour de rentrée scolaire, le neuf septembre 1957, la température frôlait les trente degrés Celsius.

Rares étaient ceux sachant que cette année-là en juillet, une circulaire gouvernementale avait été adoptée sur le fonctionnement des premiers établissements mixtes.

En attendant une révolution, les fillettes se tenaient alignées au moment de l’appel et du premier contrôle de propreté des mains.

Brigitte, sa future voisine de pupitre fut recalée par des ongles terreux. Cette enfant en surpoids, dégageant une odeur nauséabonde, était en proie à des railleries de pestes en tous genres.

Quelques minutes plus tard sous des regards amusés, elle prit place au côté de ma mère, qui, discrètement se pinçait le nez.

Hormis la gêne, une bonne odeur de cire se dégageait des pupitres en chêne à deux places, équipés de casiers s’ouvrant face à l’élève. Les encriers en porcelaine tous situés à droite, n’épargnaient pas encore les gauchers, alors obligés d’écrire avec la main opposée.

C’était l’époque des cartes géographiques pointées au mur, de la date du jour impeccablement inscrite, accompagnée de sa morale, des fenêtres démesurées…

Sœur Marguerite maniait à la perfection la baguette en bambou, et semblait heureuse de retrouver ce petit monde chahuteur. Son entrée fit tressaillir la somnolente Hélène, qui observait une araignée scotchée au plafond.

On ne devait pas l’agacer, sœur Marguerite, avec elle la craie atteignait toujours sa cible et les quatre coins de la classe semblaient au fil du temps être lissés par le seul souffle des cancres.

— Marguerite ! Comme la vache du vieux Poulaven, susurra la Géraldine à sa voisine Huguette. Ah, la Géraldine ! Bêcheuse, fille du maire et pire cauchemar d’Hélène, éternellement à exhiber ses souliers neufs, ses beaux linges, sa bicyclette dernier cri...

Mère haïssait les futilités et dévisageait dédaigneusement la môme.

Régulièrement les conflits éclataient pendant la récréation, la Géraldine aimait s’entourer de deux autres complices : Sylviane, l’enfant du boucher et Véronique, celle du boulanger.

Trois monstres de petites bourgeoises prêtes à écumer les recoins de la cour dans le but de déloger et de se moquer de plus belle de ces malheureuses.

— Alors, la parisienne, cria Géraldine, t’as pas encore de nénés ? Ils pousseront peut-être à la saint-glinglin.

Hélène ne répondit rien, d’ailleurs elle ne polémiquait jamais ce qui en faisait une force et dérangeait son interlocutrice.

— J’ai su taire César, se dit-elle, toi tu vas bientôt connaître le souffle de ma colère.

Ce soir-là, cartable à dos, Hélène parcourut à pied les 1,5 kilomètres jusqu’à son domicile.

Elle chantonnait :

« Géraldine, sale gamine, d’un coup de carabine, j'éliminerai la vermine avant qu’elle ne me mine. »

À son arrivée, elle embrassa sa maman en discussion avec Annette au sujet des problèmes naissants de l’Algérie.

Depuis la mort de César et le départ précipité l’année précédente de Solange notre gouvernante vers une nouvelle vie, une amitié forte venait de se nouer et elles ne se quittaient que très rarement.

La politique n’enchantant guère Hélène, elle se retira par l’extérieur afin de rejoindre sa chambre à l’étage.

Soudain, elle comprit la chance offerte par cet espace de liberté.

Quel enfant n’approuverait pas de se mouvoir en toute autonomie loin du regard des parents ?

Le sommeil lui vint tardivement, des pensées troubles l’envahissaient. Elle se mit à élaborer un plan pouvant apaiser son esprit.

Durant la nuit, son imagination débordante tourna au cauchemar.

Devant elle, se dressait la tête de la Géraldine, profondément enfoncée sur un pieu maculé de sang, orienté là-haut vers le soleil. Elle virevoltait, dansait à l’indienne autour du trophée.

Puis plus rien, les yeux qui s’ouvrent au réel, et pas un seul cri de la fillette.

Cette gamine n’était plus qu’une obsession, il fallait maintenant agir au plus vite, rayer définitivement l’intruse de son cerveau.

Jusqu’au jeudi, elle resta silencieuse, quasiment prostrée, évitant la collante Brigitte, se détournant de la Géraldine qui à son égal continuait imperturbablement ses indélicatesses.

Son plan prenait forme. Toutefois, pour atteindre son but, l’aide de son ami le grand Maurice lui semblait primordiale. Elle si chétive, ne se sentait pas de force à affronter celle dont l’apparence paraissait le double.

Son impatience était celle d’une enfant comptant les heures avant la descente magique du Père Noël.

Le temps qui passe triomphe, et c’est assis sur un muret de pierres ce jeudi-là qu’en sifflotant, Maurice attendait son amie. Il s’acharnait à briser une branche d’arbre très résistante. Soudain, il aperçut Hélène s’avançant d’un pas alerte le long du chemin bordant la rivière.

Vêtue d’une jupe plissée et d’une simple chemisette bleue unie, elle paraissait plus déterminée que jamais.

En se levant, Maurice semblait étriqué dans ses vêtements tant il paraissait grand.

Il comprit très vite qu’elle désirait un service et, main dans la main, ils se rendirent vers leur cachette, là-haut, au sommet de l’insouciance.

— Si tu m’aides, je te montrerai ce qui se cache là-dessous, commença-t-elle en relevant en partie sa jupe.

À douze ans, il y avait peu d’occasions à la campagne de contempler l’inaccessible et, enchanté de pouvoir explorer l’anatomie de sa camarade, il acquiesça.

— Attention, continua-t-elle, il y aura des risques.

Au regard de l’offre prometteuse d’Hélène, aucun obstacle ne pouvait maintenant l’effrayer. Elle sortit avec application d’une poche une feuille pliée en quatre et entama un long conciliabule.

Elle animait la réunion tel un chef d’orchestre avec une gestuelle hypnotisante et des explications bien étudiées.

Maurice écoutait, ne disait rien, tombait en admiration devant l’infatigable interlocutrice.

— Voilà, j’en ai terminé, s’écria-t-elle.

Les deux enfants descendirent du ciel en totale symbiose en se promettant de garder, quoi qu’il arrive, le plus grand silence.

Cette nuit-là, Hélène dormit presque soulagée, comme si la Géraldine s’était évaporée.

Dors bien petite, que ta force et ta volonté te mènent à la liberté !

Plus qu’un jour de soleil, un contrôle de mains, des levées d’ardoises couvertes de calculs, de longs sifflements du bambou de sœur Marguerite, quelques effluves malodorantes de la Brigitte dans les airs, et ce sera la fin du calvaire.

Chaque soir, Géraldine chevauchait sa bicyclette. Après plusieurs coups de pédale, elle s’affala violemment sur le gravier.

La progéniture du maire ne devait pas pleurer ; une main et un genou en sang, elle se releva noblement tout en observant si quelqu’un avait assisté à la chute de la divinité.

— Dieu veut sans doute me punir. Aussi céleste soit-elle, personne ne doit réprimer la fille du premier magistrat de Guern, se dit-elle rageusement constatant que le pneu avant était crevé. Elle savait qu’il lui faudrait du courage en vue de rejoindre à pied la demeure familiale située à environ quatre kilomètres.

La traversée du bois de Kermaquer l’apeurait un peu, tant les légendes de sorcières et korrigans en tous genres hantaient ce lieu.

Malgré tout, elle se sentait rassurée, puisque la clarté demeurait encore tardive en cette fin d’été et qu’elle pouvait éventuellement croiser son père sur le retour.

Accompagnée de sa bicyclette, elle pénétra à l’intérieur de la forêt avec la route pour seul fil conducteur.

Elle fut prise subitement de panique par de longs et stridents sifflements provenant de nulle part.

— Ce coup-ci, c’est le diable qui m’appelle, pensa-t-elle, ou peut-être des hop ar noz.1

Terré au fond d’un trou, Maurice soufflait de toutes ses forces dans l’embout d’une flûte en bois.

Il transpirait sous un épais masque en toile de jute lui recouvrant le haut du corps, laissant uniquement transparaître le marron de ses yeux et l’ovale de sa bouche.

Il se leva brusquement, courant à vive allure, volant au-dessus des racines, se jetant et enserrant la Géraldine d’une couverture grise, qu’il enroula comme une crêpe Suzette.

A l’aide d’une cordelette, il ficela la vilaine et, victorieux, posa le pied droit sur le paquet. Aussi méconnaissable que son ami, Hélène en observation derrière un chêne rejoignit son complice.

Il ne leur restait plus qu’à éloigner au plus vite la victime de l’axe routier.

— Je t’avais dit de la bâillonner, gronda Hélène, se pinçant le nez en vue de modifier sa voix. Maurice, ennuyé, s’exécuta et les cris perçants de la gamine s’étouffèrent aussitôt.

— Il faut dissimuler la bicyclette, s’écria la scrupuleuse Hélène. Ils étaient enfin loin du regard de possibles curieux.

— Partons, s’écria Maurice, elle doit maintenant se débrouiller seule.

Hélène observa durant un laps de temps le résultat de son combat, puis fit mine de repartir. Tous les deux se tenaient par la main, lorsque subitement après quelques mètres, elle rompit ce lien et se précipita sur la Géraldine.

Un premier coup de pied, un autre, puis encore et encore sur le corps jusqu’au visage, tout devenait hystérie, folie du moment…

Heureusement dans son malheur, la couverture amortissait les chocs répétés.

Hélène était envoûtée, les yeux exorbités, dans une crise de démence ponctuée de hurlements, prête à massacrer ce qui entravait son chemin, y compris Maurice, qu’elle repoussa aisément malgré son charisme.

Ensuite, elle sortit une espèce de canif, libéra un pied de la gamine et lui entailla à plusieurs reprises le talon, avant de remonter vers le mollet.

Le sang coulait et pour la première fois, elle jouit de ce spectacle.

Maurice vomit, se rua de nouveau sur son amie, l’enserra et la tint au sol de longues minutes dans le but de calmer l’enfant devenue bête sauvage.

On entendait uniquement les plaintes étouffées de la Géraldine.

— Nom de Dieu de nom de Dieu, vociféra Maurice, nous devions juste lui infliger une courte leçon. Nom de Dieu, et il y a du sang partout !

Il régurgita une seconde fois.

— Calmons-nous et réfléchissons, reprit-il, s’essuyant les commissures des lèvres. Tranquillisée, Hélène dévisageait le garçon paniqué.

— Nous devons simplement rentrer, elle a eu ce qu’elle mérite, dit-elle sans sourciller. Quant à Maurice, il tremblotait et jura comme convenu de se taire même si les remords venaient hanter ses nuits.

Il la supplia de ne plus la côtoyer pendant un certain temps, lui rappelant au passage qu’elle avait promis un cadeau.

— Partons chacun de notre côté, conclut-elle, en faisant bien attention de nous éloigner du bord de la route.

Le jour prenait congé, et Hélène aperçut des phares au loin.

Peut-être était-ce le père de la Géraldine, qui à cet instant ne pouvait imaginer que sa fille se trouvait gisante, enveloppée d’une couverture à quelques envergures ?

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Date de sortie

L'oeil de l'Ankou

  • France : 2015-06-02 - Poche (Français)

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