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"Comme vous devez nous haïr de ce que nous vous avons infligé !" [...]

"Vous haïr ?" Parangon digéra lentement la question avant d'y répondre. Il ne se retourna pas vers Alise et garda les yeux fixés sur le fleuve que le bateau remontait. "Pourquoi perdrais-je mon temps à vous haïr ? Ce qu'on m'a fait est impardonnable, naturellement, absolument impardonnable, mais les responsables sont morts et ne peuvent ni recevoir leur châtiment ni présenter leurs excuses ; et, même dans le cas contraire, ça ne changerait rien à mon sort. Les tourments que j'endure sont irrévocables, l'avenir qu'on m'a volé ne me sera jamais rendu, la compagnie de ma propre espèce, la possibilité de chasser et de tuer, de me battre et de m'accoupler, de vivre une existence où je ne serais ni serviteur ni maître, je ne connaîtrais jamais tout cela."

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Extrait de Les Cités des Anciens, L'intégrale 1 ajouté par Lain_se 2017-12-09T16:10:09+01:00

Elle s’avança et, avec autant de douceur que si l’enfant était vivante, Belline la déposa entre ses mains ; elle prit Skelli par les poignets avant qu’elle eût le temps de se détourner. « N’oublie jamais ce que tu viens de voir », lui dit-elle rudement. Les larmes qui avaient commencé à rouler sur ses joues démentaient la dureté de son ton. « Chaque fois que tu auras l’impression qu’on est cruels avec toi, rappelle-toi que les règles n’existent pas sans raison. Toutes les filles se croient plus futées ; elles s’imaginent toujours pouvoir les enfreindre sans en payer le prix, mais ce n’est pas possible, ni pour toi ni pour moi. Alors penses-y la prochaine fois que tu iras embrasser ce garçon et le laisser te tripoter dans les coins. Les règles ne sont pas là pour te rendre la vie impossible : elles sont là pour rendre la vie un peu moins injuste pour tout le monde. »

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Extrait de Les Cités des Anciens, L'intégrale 1 ajouté par Lain_se 2017-12-09T16:09:57+01:00

« Quand cette histoire sera finie, d’ici une ou deux semaines, tous les garçons reviendront sûrement te tourner autour ; ceux avec qui tu as déjà couché penseront que tu ne les refuseras pas, et les autres attendront leur tour. Si tu es maligne, tu leur demanderas quelque chose en échange, quelque chose d’autre qu’une simple partie de jambes en l’air.

— Je ne suis pas… une putain ! rétorqua Jerd d’un ton indigné.

— Non », dit Belline paisiblement. Elle laissa tomber les linges usagés dans un seau et en prit un propre. « Une putain a la jugeote d’obtenir quelque chose en échange de ce qu’elle donne, sous forme d’argent ou de cadeaux, pour subvenir à ses besoins. Toi, tu t’es donnée sans contrepartie. Si tu te fourres un bouchon de cire entre les jambes pour éviter de concevoir, c’est parfait ; tu ne risques que ta propre vie, si tu attrapes une suintante ou les croûtes. Mais aujourd’hui c’est aussi un pauvre enfant qui risque de tomber au milieu de cette affaire et que tu mets en danger ; et du coup c’est nous tous que tu mets en danger. Si tu meurs en le mettant au monde, qui devra lui trouver à manger ? Qui devra tout arrêter pour le torcher et le promener sur le pont ? Qui devra le regarder s’affaiblir puis mourir, sans pouvoir rien faire, et le jeter par-dessus bord pour les dragons ? Moi, je te le parie ! Et je te le dis tout de suite : tu ne me feras pas un coup pareil. Si ton bébé naît et que tu survis, ce sera encore à nous de vous fournir à manger à tous les deux ; déjà, enceinte, tu ne faisais pas ta part de boulot, mais, si tu as un enfant, tu deviendras un poids pour tout le monde. Si une tuile comme ça doit me tomber dessus, ce sera pour le gosse de Souarge, pas le tien ! S’il me fait un môme, je sais que lui et moi on donnera jusqu’à notre dernier souffle pour qu’il vive. Alors, je le dis à toutes celles qui n’ont pas un partenaire prêt à prendre ses responsabilités et à reconnaître qu’il est avec vous : n’ouvrez pas les cuisses. Si quelqu’un doit prendre le gros ventre à bord de ce bateau, ce sera moi, ou Alise, là-bas, parce qu’on a les hommes qu’il faut pour nous soutenir. Pas vous. »

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Extrait de Les Cités des Anciens, L'intégrale 1 ajouté par Lain_se 2017-12-09T16:09:46+01:00

« Arrêtez ! cria Mercor, mais nul ne l’écouta.

— Arrêtez, ou je vous tue tous ! » rugit Kalo.

Les grandes créatures se figèrent alors. L’immense dragon tourna lentement la tête pour les parcourir du regard. Quelques gardiens se trouvaient parmi elles ; Sédric s’était rapproché de Thymara ; Sylve tenait à pleins bras la patte avant de Mercor.

Dente voulut se redresser.

« Non ! » lui lança Kalo d’un ton d’avertissement. Il ouvrit grand la gueule pour montrer à tous les sacs à venin vert vif logés dans sa gorge, gonflés et animés de pulsations furieuses. « Je ne suis pas Crache et je ne fais pas étalage de ma puissance avant d’en avoir besoin. Résiste-moi et tu sentiras la brûlure de mon venin. »

Les dragons ne bougeaient plus. Kalo referma les mâchoires, mais les pointes de sa collerette demeurèrent hérissées ; d’une voix lente, il reprit : « Je n’ai pas tous les souvenirs qu’un dragon doit posséder, mais j’en ai d’autres que je ne devrais pas me rappeler. J’étais Kelaro, du Nœud de Maulkin, et je suivais Maulkin, grand serpent d’or, sans poser de questions. » Son regard d’argent se posa soudain sur Mercor. Le dragon d’or parut un instant étonné, puis il courba la tête en signe d’acquiescement. « J’étais Kelaro, reprit Kalo, et Sessuréa était une compagne. » Il tourna les yeux vers Mataf. « J’étais le plus fort, mais il était parfois le plus sage. » Son regard parcourut les dragons assemblés. « Si nous mettons cette sagesse en pièces pour la partager entre nous, l’un d’entre nous l’aura-t-il tout entière ? L’un d’entre nous saura-t-il ce que Mataf semble savoir ? Ouvrez la bouche et les naseaux, dragons ; il existe plus d’une façon de communiquer pour un dragon, ou pour un serpent. »

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Extrait de Les Cités des Anciens, L'intégrale 1 ajouté par Lain_se 2017-12-09T16:09:35+01:00

« Je crois qu'il tient pas mal de ces idées de Jess, lequel aime se présenter à la fois comme quelqu'un qui connaît le monde et qui a de l'instruction - c'est-à-dire, je pense, qu'il lui est arrivé un jour de lire un livre. »

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Extrait de Les Cités des Anciens, L'intégrale 1 ajouté par Lain_se 2017-12-09T16:09:21+01:00

Sédric s'éclaircit la gorge et s'écarta d'elle. « Je connais Hest depuis longtemps, dit-il avec raideur. Il n'est pas méchant, Alise ; il est seulement ... » Il s'interrompit, cherchant ses mots.

« Il est seulement Hest, enchaîna-t-elle. Il est dur ; il a la main et le cœur durs. Il ne me frappe pas : ce n'est pas nécessaire. Il est cinglant et cruel quand on le contrarie, il peut m'humilier d'un seul regard, il peut me lapider à coups de mots sans cesser de sourire, comme s'il ne se rendait pas compte du mal qu'il me fait - mais il le sait très bien, je suis bien obligée de le reconnaître : il mesure parfaitement les coups qu'il me porte et leur fréquence. »

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Extrait de Les Cités des Anciens, L'intégrale 1 ajouté par Lain_se 2017-12-09T16:09:10+01:00

« Graffe et ses nouvelles règles ! fit-elle entre ses dents.

— Tu n’as jamais voulu t’en débarrasser ? Jamais eu envie de faire ce qui te chante ?

— Elles ne sont pas les mêmes pour lui et pour moi, murmura-t-elle d’une voix lente.

— Comment ça ?

— D’abord, c’est un garçon ; les femmes comme moi... elles ont aussi peu de chances de sortir vivantes d’un accouchement que de mettre au monde des enfants aptes à survivre. Ces règles qui nous interdisent de prendre un mari ou d’avoir des enfants, mon père disait qu’elles existaient surtout pour me protéger. » Elle haussa les épaules. « Graffe ne court aucun risque à changer les règles ; ce n’est pas lui qui va supporter les contractions en pleine jungle, sans sage-femme ; ce n’est pas lui qui devra se débrouiller avec un nourrisson incapable de survivre. À mon avis, il ne s’est jamais demandé ce qu’il fera de son gamin si jamais Jerd meurt et que le bébé s’en tire.

— Comment peux-tu penser à des horreurs pareilles ? » Tatou était épouvanté.

« Comment peux-tu ne pas y penser ? » rétorqua-t-elle. Elle lâcha la liane, prit son sac en bandoulière, et son regard se perdit dans les feuillages, vers la berge lointaine. Au bout d’un moment, elle reprit d’une voix plus calme : « Graffe a beau parler de nouvelles règles. Ça m’exaspère quand il dit que je dois “faire mon choix sans tarder”, comme si la seule décision que j’avais à prendre dans la vie était celle d’un compagnon. Ça lui paraît sans doute très simple ; comme il n’y a aucune autorité ici pour lui interdire quoi que ce soit, il fait ce qui lui chante, et il ne s’arrête jamais à se demander la raison de l’existence de ces règles qu’il rejette. Pour lui, ce ne sont que des barreaux qui l’empêchent de faire ce qu’il veut. »

Elle se tourna vers Tatou. « Est-ce que tu peux comprendre que, pour moi, c’est seulement une nouvelle règle qu’il cherche à m’imposer ? Sa loi, c’est que je dois choisir un compagnon “pour le bien de tous les gardiens”, pour empêcher les garçons de se battre pour moi. Tu trouves ça mieux que l’ancienne règle ? »

Comme il ne répondait pas, elle se remit à contempler le fleuve. « Tu sais, je viens de comprendre quelque chose. Jerd et Graffe croient qu’enfreindre la loi, ça équivaut à prouver sa valeur. Pour moi, passer outre à une ancienne règle, ce n’est rien d’autre qu’une infraction, et Jerd ne me paraît pas plus courageuse, plus forte ou plus capable du fait qu’elle n’a pas obéi aux coutumes ; en réalité, avec un enfant dans le tiroir, elle est plus vulnérable, elle dépend plus du reste du groupe, ce qui nous complique la vie. Alors, qu’est-ce que ça prouve sur elle ? Ou sur les garçons qui ont couché avec elle ? »

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